Mon voisin de Locquirec Maurice Le Dily, un homme extraordinaire, m'a souvent dit qu'il avait connu Glenmor et Alan Stivell dans leur jeunesse, et qu'il avait joué un rôle qu'on ne peut négliger au début de leurs carrières de musiciens.

A l'époque, il tenait un café à Locquirec, dans le Petit Trégor, et il avait une salle où des jeunes musiciens venaient se produire.

Pour Glenmor, j'ai retrouvé sur internet un article du Nouvel Observateur, apparemmentGlenmor daté d'août 1967, qui confirme les dires de Maurice:

"Au fond de la baie à Locquirec,... il y a un petit bistrot: le Bar des Sapins. On peut manger des crêpes en buvant du cidre... Au-dessus, au Grignell - c'est-à-dire au grenier - un jeune barde barbu chevelu chante le soir. Il chante la fureur et les nostalgies, tout ce qui fait pour lui l'espérance et les désespérances de l'âme bretonne, du pays breton. En "hiver", il "monte" quelquefois à Paris, et il chante dans un petit restaurant du côté de Montparnasse: Ti Jos. Quelques dizaines de Bretons bretonnants viennent l'applaudir. Ici, ce soir, vers minuit, il s'est penché vers le micro en disant: "Nos voisins immédiats s'appellent les Français. Autrefois, leur pays s'appelait la Gaule. Aujourd'hui, ils ont pour capitale une Ville-Lumière...". Et il a chanté "Sodome", un pamphlet contre cette capitale, Paris, grande ville mangeuse d'hommes et dévoreuse de petites Bretonnes. Ce jeune barde s'appelle Glenmor (pseudonyme composé de glen, la terre, et de mor, la mer). Ses amis l'appellent Milig".

Glenmor venait de produire à compte d'auteur en 1965 son premier 33 tours, l'enregistrement d'un concert donné à la Mutualité de Paris au printemps. Ensuite, il y a donné d'autres récitals, dont deux accompagnés par un jeune harpiste: Alain Cochevelou.

Pour des raisons financières, Maurice Le Dily a dû fermer son Bar des Sapins, et il s'est Alan Stivellreconverti comme entrepreneur en travaux de peinture et de revêtements.

Il m'a souvent dit que Glenmor avait tenu un rôle dans cette reconversion forcée, car Maurice lui offrait gratuitement le whisky qu'il buvait au cours de son tour de chant, et Glenmor en faisait grande consommation. Glenmor n'est plus là pour nous donner sa vision des choses.

Pour Alan Stivell, je n'en sais pas plus pour le moment pour ce qui concerne le Bar des Sapins. 

Peut-être en saurai-je plus par ma page Facebook "KAV Kenvreuriezh Ar Viniaouerien", dont Alan est ami.

Je sais qu'Alan, né en janvier 1944, a habité dans sa jeunesse à Paris, qu'il est devenu penn soner du bagad Bleimor en 1961, qu'à l'été 1966 il a choisi son nouveau nom d'Alan Stivell, mais je ne sais rien de ses séjours dans la région de Locquirec.

Maurice a certainement dû connaître également Xavier Grall. En effet, il est dit dans le numéro 40 de la "collection bleue" de Skol Vreizh consacrée au poète: "8 août 1966: il va voir Glenmor à LocquireXavier Grallc, pour un article de Bretagne-Magazine. Naissance d'une grande amitié".

Avec Glenmor, Alan Stivell, Xavier Grall, leurs amis, et Maurice le Dily qui lui-même était très original et avait un caractère bien trempé, il devait y avoir une sacrée ambiance au Bar des Sapins de Locquirec dans ces années.

Malgré sa reconversion forcée, Maurice Le Dily, entouré de sa femme Zouïna qu'il adorait, avait dans sa tête et son cœur beaucoup de souvenirs merveilleux, et ses yeux brillaient quand il parlait du Bar des Sapins.Petite

Il est mort le 19 juillet 2014 d'un cancer du poumon, après plusieurs années de souffrances atroces, qu'il parvenait presque toujours à cacher derrière un visage radieux et chaleureux, s'enthousiasmant sans cesse pour la vie, et s'attachant toujours à réconforter les autres qui souffraient pourtant beaucoup moins que lui.

Le jour de son enterrement, il n'y a eu personne pour représenter le monde de la musique bretoBar des Sapinsnne, sinon moi et mes maigres talents.

Maurice est enterré au cimetière de Locquirec.

Le Bar des Sapins existe toujours, mais sous un autre nom, Le Gibus, et l'on n'y joue plus de musique. On nous a dit qu'on y mange très bien. Il se trouve environ deux-cent mètres à droite avant l'entrée de Locquirec en venant de Plestin-les-Grèves. Peut-on visiter le grenier?

 

Bien sûr, le Ti Jos existe toujours à Montparnasse. Il a changé de rue et se trouve maintenant 30 rue Delambre dans le 14ème arrondissement, mais il demeure un haut lieu de la Bretagne. Des musiciens bretons jeunes et moins jeunes viennent s'y produire.Droite

Anne et moi n'avons pas manqué d'aller y déjeuner en mai 1977 juste après la cérémonie civile de notre mariage.

Jean-Michel Tesseron