interdit_d_interdireN'enterrons pas Mai 68! Une tribune très intéressante du Monde (édition du jeudi 25 janvier 2018) avec laquelle je suis totalement en phase.

Alain Krivine et Alain Cyroulnik : « Eh bien non, nous n’allons pas enterrer Mai 68 »

En réaction aux propos tenus dans le « M Le magazine du Monde » par Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil, les deux anciens de la Ligue communiste révolutionnaire défendent le message et les valeurs de Mai 68, "pas compatibles avec les reniements, les petites combines", dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Dans quelques mois, on va fêter les 50 ans de Mai 68. Plusieurs dizaines de livres sont déjà parus et d’autres se préparent. « M Le magazine du Monde »(du 6 janvier) vient même de nous avertir que Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil préparent un film pour la télévision…

Entre Sarkozy qui voulait « liquider une bonne fois pour toutes l’héritage de Mai 68 » et ceux qui veulent le réduire à une révolution culturelle et sexuelle qui aurait modernisé nos mœurs, il y a surtout l’envie d’effacer dans la mémoire sociale ce que représente, pour les générations qui l’ont fait et celles qui ont suivi, la dimension subversive de ce qui reste la plus grande grève générale de l’histoire sociale française, dans l’héritage de la Commune de Paris ou de la grève de 1936 ! Une volonté d’écrire un roman historique français débarrassé de la lutte des classes et des massacres coloniaux, où il ne resterait plus que Charlemagne, Saint Louis, Jeanne d’Arc sur le bûcher, Louis XIV, Napoléon, de Gaulle et… « Jupiter Macron ».

 

__bas_la_soci_t__spectaculaire_marchandeCe dernier hésite à fêter 68. Il hésite entre la manif ouvrière du 13 mai ou le défilé réactionnaire du 30 mai. Mais pourquoi ne pas fêter, tant qu’il y est, les deux en même temps puisqu’il n’y a plus ni gauche ni droite ? Et puis, il a avec lui Cohn-Bendit et Goupil, ou, comme le dit Le Monde, « De Mai 68 à Macron, ou le parcours d’une génération ».

Une des plus grandes grèves de notre histoire.

Eh bien non… Nous ne sommes pas pour « fêter ce 68-là » car nous ne sommes pas pour enterrer ce qui fut l’une des plus grandes grèves de notre histoire. N’en déplaise à Dany, qui réunissait toute la droite au Parlement européen par sa gouaille et un libéralisme qui n’avait plus rien à voir avec 68, ou Romain, qui se flatte de « s’être bien marré » et d’avoir tout abandonné : « Je ne supporte plus ­de voir un militant politique. C’est comme les anciens alcooliques,.je suis devenu intolérant."

 

sois_jeune_et_tais_toiEh bien non..., Mai 68 n'était pas qu'une simple saute d'humeur et une crise de puberté. Il n'était pas et n'est pas compatible avec les reniements, les petites combines. Il n'était pas consensuel, et ne l'est toujours pas. Il n'était ni cocardier ni libéral. Notre génération, née de la seconde guerre mondiale, s'est dressée contre les affres de la guerre d'Algérie et de celle du Vietnam. Les guerres que mènent aujourd'hui les pays occidentaux, dont la France, en Afrique ou au Moyen-Orient, nous donnent toujours et encore la nausée. Nous voulions un monde qui ne soit aux ordres ni de Washington ni de Moscou,et nous voulions redonner au socialisme son visage humain. Le visage hideux du capitalisme nous répugne tout autant qu'hier.

 

DRAPEAUX ROUGES EN TETE

Pour nous, 68 ne se réduit pas à une révolution culturelle et à la libération sexuelle, même si cela a bien sûr existé, comme dans tout mouvement social où les gens deviennent quotidiennement méconnaissables car heureux et joyeux. Mai 68, c'est surtout en France près de 10 millions de grévistes qui occupent leurs usines, drapeaux rouges en tête, les étudiants leurs facs, les lycéens leurs bahuts pendant plusieurs semaines, et les gens qui partout discutent ensemble.

 

Nous ne nous souvenons pas d'une grande farce ou d'une grande rigolade, mais surtout d'un moment intense où des millions de personnes se sont mises à exister. Guy Hocquenghem, qui fut notre éditorialiste en 1968, a attaqué une partie de cette génération qui est passée de l'autre côté, dans un livre écrit deux ans avant sa mort, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary (1986, rééd. Agone, 2003). Eh bien, nous n'avons jamais été cela et nous ne sommes toujours pas de ceux-là.

 

Certes, la situation a changé: des murs et des barbelés s'érigent partout, des milliers de morts tombent sur les routes, dans les mers de l'exil et sous les bombes des guerres qui se déroulent sur tous les continents, et, en France, il y a près de 10 millions de chômeurs et de précaires.

 

Certes, il n'y a plus 500 000 étudiants mais plus de 2 millions, dont la moitié travaillent pour payer leurs études ou leur logement. Les grandes usines comme Renault Billancourt ont disparu, mais jamais les exploités et les exclus n'ont été aussi nombreux. Ils et elles ne se retrouvent plus ni dans la gauche ni dans la droite, la droite faisant la politique de l'extrême droite et la gauche celle de la droite...

Non... Nous n'allons pas enterrer Mai 68. Au contraire, nous avons aujouaffiche_frontiere_on_sen_foutrd'hui au moins autant de raisons de nous révolter. Après trente ans d'attaques libérales qui ont permis à l'extrême droite d'être au second tour de l'élection présidentielle et de contaminer tous les débats politiques, l'esprit de Mai 68 est plus que jamais d'actualité.

Pour nous, Mais 68 reste ce qu'il faut refaire, mais en étant capables de coordonner les luttes, de susciter dans les entreprises et les quartiers, les villes et les campagnes, un véritable pouvoir des travailleurs associant celles et ceux, inorganisés, associations ou syndicats, partis, avec ou sans emploi, Français ou étrangers, qui croient qu'un autre monde est possible et qui veulent le construire, sans frontières, sans murs et sans haines, comme l'affirmait ce mot d'ordre de 68: "Les frontières on s'en fout!"MathSup1

 

La solidarité militante, l'espoir en une révolution pour balayer le "Vieux Monde", pour un nouveau Mai 68 du XXIème siècle qui, cette fois, réussisse pleinement, nous, on signe encore.

 

 

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Quelques informations concernant le projet de film de Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil sur Mai 68 (source: site du journal Le Monde):

Cinquante ans après, le cinéaste s’est associé à son vieux complice Daniel Cohn-Bendit pour réaliser un film-bilan de Mai 68. L’occasion de radiographier le pays dirigé par un jeune président, dont il a l’oreille.

 

cohn_bendit___goupilCinquante ans après Mai-68, on dirait les deux vieux du « Muppet Show » au balcon de l’Histoire ; il y en a un qui boite, l’autre est un peu ventru, et là, ils dissertent sur les sanglochons. On ne sait plus trop pourquoi, eux non plus, aucune importance, le débat continue, c’est l’essentiel. Daniel Cohn-Bendit a deux hanches en carton et une tête de lutin, il explique que comme « il n’y avait pas assez de sangliers, les éleveurs ont fait des croisements avec des cochons. C’est pas des conneries, hein ! Aux européennes de 1999, ça a été un problème soulevé pendant ma campagne, la prolifération des sanglochons. »

Romain Goupil est toujours un militant avide de la chose politique et un cinéaste inclonable, il a toujours une gueule incroyable au-dessus de son bidon et une grande théorie sur les sanglochons, mais trop technique pour être retranscrite ici. Le héros du jour, c’est lui.

Two-men-show

Goupil finit de monter un film avec Cohn-Bendit parti ausculter la France cinquante ans après vous-savez-quoi. La direction de France 5 est attendue pour visionner l’affaire. Un road-movie de cinquante jours de tournage ramené à 2h21mn de film. La chaîne avait commandé un 52 minutes mais Goupil a toujours été très persuasif, il a un sourire magique, il n’est jamais à court d’arguments.

Ce talent date d’il y a au moins cinquante ans, quand ils se sont croisés vite fait avec Cohn-Bendit, en mai 1968, sur l’estrade enfiévrée d’un meeting incandescent, ou l’inverse, puis ils sont devenus copains comme sanglochons depuis 1991 et la guerre en Yougoslavie. Officiellement, ils ne parlent plus trop de Mai. Sauf pour s’écharper sur l’imposture supposée de l’autre.

« Tu peux nous écouter. A nous deux, on a 140 années d’expériences en agitation tous azimuts sans avoir fait l’ENA. On est tes meilleurs conseillers… Parce qu’en plus… On a tout foiré. » Romain Goupil à Emmanuel Macron.

En général, ça se passe comme ça. Goupil attaque : « Il y a...

NB: la totalité de l'article est protégée; pour avoir la suite, il faut payer sur le site du journal Le Monde (Article sélectionné dans La Matinale du 05/01/2018).