Caroline de HaasAvant d'annoncer qu'elle renonçait aux réseaux sociaux, résolution qui ne devrait pas tenir très longtemps car il faut bien vivre, Caroline de Haas a récemment tenu des propos sur la proportion d'hommes harceleurs, qui ont été reproduits sur de multiples média, sans que ceux-ci prennent la peine de s'assurer de leur vraisemblance.

Pour mémoire, ces propos sont les suivants.

«Grâce au mouvement #Metoo, il y a enfin une prise de conscience de l'ampleur des violences sexuelles. Aujourd'hui, il est admis qu'une femme sur deux a été victime de viol, d'agression ou de harcèlement. En revanche, ce qui n'imprime pas, c'est la conclusion qu'il faut en tirer. A savoir qu'un homme sur deux ou sur trois est un agresseur».

Je ne nie bien sûr pas l'importance de la prise de conscience de l'ampleur des violences sexuelles, mais j'attire l'attention sur le fait que la conclusion tirée par Caroline de Haas relève pour le moins de connaissances très lacunaires en logique et en statistiques.

En effet, sa conclusion en apparence logique ne l'est pas du tout, car il faut tenir compte du fait que les hommes ayant un comportement de harcèlement sont en fait des "serial harceleurs", et que leur harcèlement ne se fait généralement pas envers une seule femme.

J'aurais bien voulu vous donner la véritable proportion, mais son calcul demande de connaître les données suivantes:

 

#metoo- le nombre de femmes étant en situation d'avoir pu être harcelées (on peut faire l'hypothèse qu'il s'agit des femmes à partir de 15 ans);

- le nombre d'hommes étant en situation d'avoir pu être des harceleurs (on peut faire l'hypothèse qu'il s'agit des hommes à partir de 15 ans);

- les proportions de femmes ayant été harcelées 1 fois, 2 fois, 3 fois, etc, en distinguant si elles ont été harcelées par le même homme ou par des hommes différents;

- les proportions d'hommes ayant eu un comportement de harceleur 1 fois, 2 fois, 3 fois, etc, en distinguant si leur harcèlement s'est perpétré envers la même femme ou envers des femmes différentes.

fake news

Il est certain que Caroline de Haas ne disposait pas de ces données pour pouvoir fonder son assertion. Je lui reproche donc de l'avoir livrée en pâture au public. Ce n'est pas parce que l'on affirme vigoureusement quelque chose de faux que c'est une vérité.

Il est certain également que les média ne disposaient pas non plus de ces données, et qu'il ont relayé les propos de Caroline de Haas sans faire le moindre commentaire. Pour moi, c'est une grave faute de professionnalisme. Le journalisme ne consiste pas à lancer dans la nature des propos bruts, sans vérifier les sources des informations; du moins, c'est ce qu'était le journalisme jusqu'à notre époque..

Tout ceci constitue une fake new qui laissera forcément des conséquences durables, pas forcément d'ailleurs dans le sens souhaité par Caroline de Haas, et j'estime inutile d'en rajouter dans la guerre des sexes si l'on veut que les choses avancent sérieusement dans ce domaine de société crucial.