Donald Trump présidentLe 20 janvier, nous avons "fêté" le premier anniversaire de l'élection de Donald Trump comme président des États-Unis.

Jamais un président ne se sera révélé aussi déconcertant, imprévisible et inconstant.

Avec son style de gouvernance inhabituel, il s'appuie sur une communication offensive et fondée sur l'usage de Twitter. Il rejette les journaux, allant jusqu'à injurier les journalistes dans leur ensemble en les qualifiant d'"êtres humains les plus malhonnêtes du monde", de "menteurs", "imposteurs" et " racailles". Il s'emploie avec un brio incontestable à alimenter quotidiennement les polémiques sur les plans national et international.

 

Donald TrumpJour après jour, avec l'expérience accumulée naguère comme animateur de son émission de téléréalité "The Apprentice", qu'il terminait invariablement en éructant sa phrase fétiche "You're fired!", il s'emploie à virer ses collaborateurs les plus proches et les plus influents: son conseiller stratégique Stephen Bannon, son conseiller à la sécurité nationale Michael T. Flyn, son chef de cabinet de la Maison-Blanche Reince Priebus, son directeur de communication Sean Spicer remplacé par Anthony Scaramucci lui-même contraint à la démission dix jours plus tard, et, tout récemment, le numéro 2 du FBI Andrew McCabe, le directeur du FBI James Comey, et le Secrétaire d'Etat RexTillerson. J'en oublie certainement beaucoup: pendant la première année de sa présidence, Donald Trump a remplacé plus du tiers de ses conseillers, ce qui a représenté un turn-over sans précédent au sein du gouvernement des États-Unis; en mars 2018, la Brookings Institution a estimé que près de 43 % des postes les plus élevés de l'administration ont fait l'objet de démissions ou de départs forcés depuis l'entrée en fonction du président.

On est loin du comportement de ses prédécesseurs et de ses homologues internationaux.

 

emploi de gaz en SyrieBarak Obama se voulait plus constant. Quoique... Il avait annoncé en 2012 que l'usage des gaz en Syrie serait une «ligne rouge» dont le franchissement aurait des «conséquences énormes», et il n'a rien fait lorsque la ligne rouge a été franchie; le président de la république française, qui s'était associé à cette déclaration d'intention au nom des Droits de l'Homme dont la France se veut le représentant moral mondial, n'a rien fait non plus. Aujourd'hui, Emmanuel Macron assure qu'il ira jusqu'au bout de la réforme du secteur du rail et de l'évacuation de Notre-Dame des Landes, et forcément aussitôt ses opposants s'emploient à le tester.

Il est plus difficile de tester Donald Trump, puisqu'il s'emploie à être iDSM-5 guidemprévisible.

Aux États-Unis, certains attribuent son comportement à deux causes:

 

1) d'un côté, la santé mentale de Donald Trump inquiète nombre de psychologues et psychiatres; l'un deux a d'ailleurs lancé une pétition pour destituer le président américain qui a été signée par 60 000 de ses confrères. L'ensemble des comportements de Donald Trump correspondrait à un diagnostic précis selon le DSM-5, guide de référence pour la psychiatrie aux États-Unis.

Le président américain serait la parfaite illustration de la pathologie décrite comme "personnalité narcissique"; plus exactement, le symptôme de Donald Trump porterait le nom de "narcissisme malfaisant", qui qualifie une personnalité narcissique au comportement antisocial, agressif et sadique.

Un symptôme difficile à admettre de la part de celui qui détient l'accès au code nucléaire de l'arsenal le plus puissant au monde.

 

Grand Old Party2) pour d'autres, le comportement de Donald Trump tiendrait plus rationnellement au fait qu'il a été élu sans véritable programme, qu'il n'a pas par lui-même des idées très établies et stablesau delà de la lutte contre l'immigration et les importations, et qu'il est entouré de représentants des multiples couches idéologiques qui imprègnent actuellement le Parti Républicain, devenu un véritable "millefeuille". Ainsi, selon les conseils que Donald Trump reçoit au fil des jours des personnes qu'il s'avise de consulter, ses positions varient.

Pour ma part, j'émets une troisième hypothèse. Elle n'est nullement incompatible avec les deux précédentes.

Avez-vous entendu parler de la "théorie du fou", plus communément appelée "théorie du fou" de Nixon?

 

Nixon et KissingerElle est ainsi appelée parce qu'elle a été mise en pratique de la façon la plus "géniale", la plus méthodique et la plus achevée par Richard Nixon et son Secrétaire d'Etat Henry Kissinger. Deux personnes très contestables mais indubitablement extrêmement intelligentes.

Son principe? Les ennemis des États-Unis doivent comprendre qu’ils ont en face d’eux des cinglés au comportement imprévisible, disposant d’une énorme capacité de destruction. La peur les conduira ainsi à se plier aux volontés américaines. Ce concept aurait été élaboré en Israël dans les années 50 par le gouvernement travailliste, et initialement aux dépens des États-Unis, qui l'ont repris ensuite à leur compte.

C'est ainsi qu'Henry Kissinger a parcouru systématiquement tous les pays de la planète pour rencontrer leurs dirigeants, en leur expliquant, avec l'accord de Richard Nixon, que le président des États-Unis était un fou incontrôlable, et qu'il valait mieux, pour éviter son ire imprévisible, se plier aux conseils "plus doux" d'attitude envers les États-Unis charitablement suggérés par leur Secrétaire d'État. Et, bien sûr, Richard Nixon ne manquait pas d'étayer de temps à autre le caractère plausible de la "théorie du fou", par quelques exemples de son comportement.

La lecture des ouvrages de Noam Chomsky est utile pour éclairer les raisons d'un tel comportement de la part des présidents des États-Unis. Voici ce qu'on trouve dans son livre "De la guerre comme politique étrangère des États-Unis":

 

mine de cuivre de Chuquicamata au ChiliNoam Chomsky commence par analyser la politique étrangère des États-Unis depuis la fin des années trente. L’objectif premier des États-Unis au sortir de la deuxième guerre mondiale fut de renforcer partout leur hégémonie. Dès 1940, dans un document classé secret au Département d'État, Kennan expliquait: "Avec seulement 6,3 % de la population mondiale, nous représentons près de 50 % de la richesse mondiale. Notre tâche principale, dans les années à venir, est de mettre en place un système de relations internationales qui nous permette de maintenir ce déséquilibre". Ainsi, le projet "grand domaine" amorça l’application d’une politique étrangère 'réfléchie’: "ce grand domaine recouvrait toutes les régions destinées à subvenir aux besoins de l’économie américaine."

 

coup d'état au Chili le 11 septembre 1973Pour mener à bien cette domination, les États-Unis cherchèrent à s‘accaparer les matières premières, considérées par la classe dirigeante américaine comme lui appartenant : Les populations locales qui voudraient les empêcher de les détourner pour leur intérêt particulier représentent donc un danger pour les États-Unis. Aussi, les "hérétiques qui s’obstinent à exploiter leurs propres ressources pour satisfaire leurs propres besoins", et qui "croient qu’un gouvernement doit se consacrer à assurer le bien-être de sa propre population deviennent-ils des ennemis. Il faut donc lutter contre eux, non seulement pour contrôler leurs ressources d’énergie, mais aussi tout simplement pour empêcher l’effet de dominos, ou, selon les termes US, "empêcher la gangrène de s’étendre". Ce fut le cas du Laos : "si un petit pays de rien du tout, sans ressources naturelles, arrive à s’extraire par ses propres moyens du carcan de misère que nous avons contribué à lui imposer, d’autres pays aux ressources naturelles plus vitales pourraient vouloir s’y essayer à leur tour".

 

american eagleNe serait-ce pas cette "théorie du fou" de Nixon et ces principes exposés par Noam Chomsky que Donald Trump serait en train de recycler habilement pour son compte, en interne aux États-Unis comme à l'international?

Reprise par la plus grande superpuissance actuelle, qui se considère au-dessus des lois et subit peu de contraintes de la part de ses propres élites, et dont l'actuel président a donné à ses compatriotes le but "Make America Great Again", cette "théorie du fou" pose un sérieux problème au reste du monde, et à chacun de nous.